Texte par La coalition des médias imprimés
Médias imprimés en péril : un enjeu électoral que le Québec ne peut ignorer
À l’aube des élections, nous souhaitons, au nom d’une coalition réunissant les médias imprimés québécois, attirer votre attention sur une question fondamentale : la place que le Québec entend accorder à sa culture, à son information et aux médias qui les portent, tant dans les débats à venir que dans les années qui suivront.
La réforme du système de collecte sélective a engendré des incohérences et des anomalies qu’il importe de bien comprendre : moins il y a de médias imprimés en circulation, plus les frais qui leur sont imposés pour la valorisation de la matière sont élevés.
Autrement dit, la taxe sur le recyclage frappe plus durement les titres dont la diffusion décline, un mécanisme qui menace directement l’équilibre financier des médias imprimés, voire leur survie dans certains cas. Cette même logique touche d’ailleurs, à sa façon, l’ensemble de l’écrit imprimé québécois, le livre y compris, nouvelle victime du système de collecte sélective, dont la valeur ne se mesure pas davantage en tonnage.
Car au-delà de cet enjeu technique, c’est une question de valeur culturelle qui se pose. Les journaux, les magazines et les hebdomadaires imprimés constituent bien plus que de simples supports matériels, ils sont des vecteurs essentiels de contenu culturel et journalistique, indispensables à la protection de notre langue, de nos valeurs, ainsi qu’à la diffusion d’une information fiable et locale. L’attachement des Québécoises et Québécois aux formats imprimés demeure profond et bien réel. Des millions de citoyennes et citoyens continuent d’y recourir quotidiennement, non seulement par choix, mais également par nécessité, particulièrement dans les régions moins bien desservies par les infrastructures numériques, chez les citoyens plus âgés et dans les foyers dont la connectivité demeure limitée. Pour eux, la disparition d’un journal régional, d’un hebdomadaire, ou d’un magazine de proximité n’est pas la perte d’un produit : c’est la perte d’un espace de culture, d’information et d’appartenance.
Ces médias représentent en outre l’un des derniers espaces où la culture et l’information s’expriment pleinement, sans être diluées par le flot de contenus étrangers qui caractérise l’environnement numérique actuel. Soumis à des pratiques éditoriales éprouvées, ils offrent un cadre structuré qui contribue à la qualité du débat public et à la lutte contre la désinformation, dans un contexte médiatique où la fiabilité de l’information constitue un enjeu démocratique croissant particulièrement en temps d’élection.
C’est précisément parce que le contenu et le contenant sont indissociables que la situation actuelle ne peut être ignorée. Ce que renferment nos magazines, nos journaux et nos hebdomadaires ne peut être assimilé à une simple matière résiduelle. À la différence d’un emballage à usage unique, dont la fonction s’épuise dès l’ouverture, le support papier de nos imprimés demeure indissociable du contenu qu’il porte, un contenu culturel et journalistique produit ici, au bénéfice de l’ensemble des citoyennes et citoyens du Québec. Ce principe, on le sait, dépasse le seul cas des médias imprimés : partout où l’écrit porte une culture, le contenant ne saurait être traité comme un simple déchet.
Une réforme qui fragilise
Or, la récente réforme du système de collecte sélective vient fragiliser ce que nos médias imprimés ont mis des décennies à construire. En faisant peser sur eux un fardeau financier croissant, ce nouveau régime menace directement la pérennité de nombreux titres à travers le Québec, et avec eux, une part irremplaçable de notre vie culturelle et démocratique.
Les débats électoraux à venir sont une occasion de réaffirmer ce que le Québec choisit d’être : une société qui protège sa culture, qui valorise son information et qui refuse de laisser son espace démocratique et culturel se rétrécir en silence. Qu’en pensent nos cheffes et chefs de partis ?
La coalition des médias imprimés, comprenant, entre autres :
Le Devoir, le Journal de Montréal, le Journal de Québec, The Globe and Mail, The Gazette, L’Actualité, Ricardo, ainsi que les publications de TVA Publications, Pratico-Pratiques, KO Média, Bayard Presse Canada, Publications BLD et Naître et grandir. Elle rassemble également les 53 membres de l’Association québécoise des éditeurs de magazines (AQEM), les 136 membres de Hebdos Québec et RecycleMédias.
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