Les pelouses: un terrain fertile et bien vivant !
SAINT-HYACINTHE - En Amérique du Nord, la pelouse est devenue, au cours des 30 dernières années, le recouvrement de sol le plus utilisé dans les aménagements paysagers. Cette popularité des surfaces gazonnées s'explique entre autres par leurs nombreux bienfaits environnementaux, leur faible coût d'installation et leur rapidité d'établissement et de recouvrement du terrain. Les surfaces gazonnées sont utilisées à plusieurs endroits en milieu urbain, comme les terrains résidentiels et commerciaux, les cimetières, les abords routiers, les terrains sportifs, les parcs urbains, etc.
Lorsqu'on regarde de plus près cette pelouse à l'apparence d'un tapis
vert, on remarque tout d'abord que ce tapis est constitué de milliers de
plantes pérennes (vivaces) ayant chacune un système racinaire dense et un
feuillage abondant. Sous les brins de gazon se forme une couche appelée
'feutre' qui est en fait une couche de matière organique s'étant formée suite
à la décomposition des tiges, des feuilles et des racines mortes de la
pelouse. Ce feutre permet au gazon de résister au piétinement mais également de filtrer plusieurs composés chimiques et ainsi limiter leur migration versles nappes phréatiques.
Dans ce tapis vert se cache également une diversité biologique des plus
impressionnantes. En effet, les pelouses de graminées supportent une faune
diversifiée de micro-organismes et d'invertébrés (ex. : les insectes)
comprenant des herbivores, des ennemis naturels et des décomposeurs de matière organique. Trop souvent, la présence de ces organismes bénéfiques est méconnue par le public et les gestionnaires d'espaces verts. Pourtant, une meilleure connaissance de cette diversité est essentielle pour mieux comprendre le rôle et le fonctionnement de l'écosystème d'une pelouse.
Des études scientifiques démontrent que...
Au Québec, un projet d'une durée de trois ans fut réalisé, de 2003 à 2006 à l'Université Laval, afin de caractériser cette biodiversité dans deux types de pelouse, soit une pelouse constituée à 100% de pâturin du Kentucky, et une autre, plus diversifiée au niveau végétal, avec 40% de graminées à gazon et 60% de plantes à feuilles larges (ex. : pissenlit, plantain, oxalide, etc.).
Les résultats de cette étude ont démontré que, peu importe la diversité
végétale, la même diversité d'arthropodes a été retrouvée, soit :
- Plus d'une soixantaine d'espèces différentes
- Plus de 34 000 arthropodes (millipèdes, araignées, insectes)
échantillonnés annuellement
Fait intéressant, la grande majorité (plus de 90%) de ces arthropodes
étaient des organismes bénéfiques (prédateurs, décomposeurs) !
Dans cette même étude, le nombre d'organismes décomposeurs de matière organique a été mesuré dans les deux types de pelouse, et ce nombre était deux fois plus élevé dans la pelouse de pâturin du Kentucky que dans l'autre pelouse plus diversifiée. Ces résultats sont d'ailleurs similaires à ce qui a été observé dans d'autres études américaines.
Comment expliquer cette abondance et cette diversité ?
- L'apport régulier de matière organique provenant de la pelouse et via
les résidus de tonte;
- L'abondance de proies pour les insectes prédateurs présents dans la
pelouse;
- L'importante densité végétale de la pelouse qui permet de réduire les
variations d'humidité et de température au niveau du sol et du feutre,
facteurs importants pour le développement et la survie des organismes
qui vivent dans cet écosystème.
La pelouse n'est donc pas un milieu stérile et sans vie. Au contraire,
elle abrite des organismes vivants qui jouent des rôles importants dans la
structure du sol, la décomposition de la matière organique et le contrôle des
organismes nuisibles.
