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En hommage à Jean-Philippe Bourque

« Il était grand, il était fort, c’était un arbre, c’était un chêne! » Ces paroles ne sont pas de moi, tu les as écrites et prononcés, il y a de cela plusieurs années, en hommage à un ami, par la mort et par la vie trop vite emporté.
Tu avais le don de la parole. Les mots étaient tes amis et face à une salle comble, tu étais comme un poisson dans l’eau.

Ouvert et généreux, tu accueillais d’un sourire ceux et celles qui s’embarquaient à ton bord. Puis, tu larguais les amarres. Que la destination ait été à mille lieues ou à deux pas, le voyage était toujours palpitant.
De la confidence à l’anecdote, en passant par le récit, le conte, voire la prière, avec le plus grand sérieux ou avec un clin d’oeil dans la voix et dans le propos, de main de maître tu guidais ton auditoire à travers les méandres du souvenir, de l’histoire ou de l’espoir, le ton moqueur ou même narquois, avec humour, avec amour, mais toujours avec respect et dignité.

Artiste de la parole, musicien de la langue parlée, ta gamme à toi était celle des émotions. Légèreté et parfois dérision, humour certes mais aussi sérieux, recueillement et même tristesse. Les rires fusaient et, oui, parfois aussi, les gorges se serraient et quelques larmes coulaient.

Tu étais grand, tu étais fort et moi, je t’admirais. Quand j’étais tout petit, je devais lever la tête pour te parler. Tu te penchais jusqu’à moi et tu m’écoutais. Tu étais un géant à mes yeux, grand comme un arbre, fort comme un chêne. De là-haut, tu voyais tout, tu savais tout, tu pouvais tout. Tu étais le Maître du monde. Tu étais roi, nous étions princes et la terre nous appartenait. Tu étais mon Héros et moi, je t’admirais. Pendant les années troubles qui séparent l’âge de l’insouciance de celui de la connaissance, j’ai voyagé dans la nuit du doute et des questionnements. Tu as été mon phare. À distance respectueuse, dans le silence de cette nuit, discrètement, tu m’as accompagné dans cette traversée.

Tu étais grand, tu étais fort et moi, en silence, je t’ai admiré. Plus tard, nos regards s’alignaient à égale hauteur. Comme toujours, présent sans être pressant, tu savais adapter gestes et paroles et, par-dessus tout, respecter l’adulte que j’étais devenu. Et pour ceux de la génération montante, tu as su être avec ma mère, la femme de ta vie, un grand-papa aimant, enthousiaste et exemplaire.

Tu étais grand, tu étais fort, et moi, je t’admirais.
Ces dernières années, je devais à mon tour me pencher pour te parler, t’entendre ou t’écouter. Une attaque, un mauvais coup du destin, t’avait laissé diminué. Cloué à ton lit, puis à ton fauteuil roulant, tu te retrouvais dans un état que j’ai moi-même qualifié de lamentable et, je l’avoue, je me suis souvent demandé comment la vie avait pu être aussi cruelle et si injuste envers celui qui avait tant donné et tellement aimé.

Le Géant était tombé et pourtant je n’ai entendu venant de toi quelque plainte que ce soit. Dans ta sagesse et avec la force de ta foi, tu avais déjà compris ce que nous, nous ignorions encore. Ta tâche n’était pas accomplie. Il te restait des choses à faire. Il te restait un monde à fleurir, des vies à embellir et j’ai vu cet homme appauvri et diminué nous donner à tous, moi le premier, une leçon de vie plus éloquente et plus vraie que tout ce que pourront écrire les spécialistes de toutes les médecines du corps et de l’âme. Toi qui avais tout perdu, tu conservais cet admirable sens de l’humour et cette joie de vivre qui t’avaient toujours accompagné. Le sourire est contagieux, et tu contaminais joyeusement tous ceux qui t’approchaient. Les liens autour de toi se sont resserrés, comme pour te protéger, t’envelopper, et jamais auparavant notre famille n’était devenue aussi unie.
Désormais, tu pouvais partir. Quand tu as fermé les yeux pour la dernière fois, et que ton regard s’est tourné vers l’au-delà, une étoile, au firmament, s’est allumée, comme pour annoncer au monde entier, qu’à bon port, enfin, tu étais arrivé. Tu étais devenu plus grand qu’un arbre, tu étais devenu plus fort qu’un chêne et moi, aujourd’hui, je t’admire.
Bravo, Philippe Bourque!

Jean-Blaise Bourque


 

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