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GÉNÉALOGIE. Un conte de fée ancestral

Veuve depuis 3 ans de son défunt mari Martin Ondoyer et mère de neuf enfants, Marie Énard décide de refaire sa vie conjugale et, à 46 ans, tombe amoureuse d'un Français de Toulon, François Futrier nouvellement débarqué dans la colonie.

Comme d’autres de nos ancêtres, les deux amoureux n'ont pas les moyens financiers pour célébrer un mariage officiel en grandes pompes. Ils se rendent donc à la messe du dimanche par une journée froide et ensoleillée de décembre 1720, peu de temps après être passés à Ville-Marie (Montréal) chez le notaire Lepailleur pour signer un contrat de mariage. Dans le temple, en plein milieu de la messe, en présence des fidèles assis autour d’eux, les deux amoureux se lèvent debout et crient à tue-tête leur amour et leur décision de vivre ensemble comme mari et femme.

Ils viennent ainsi de célébrer un autre de ces mariages à la gaumine qui faisaient rager les curés, insultés de ne pas avoir été retenus pour la cérémonie, et choquaient aussi les notables qui prévoyaient autrement utiliser le mariage de leurs filles pour mousser leurs relations d'affaires.

Autrefois, filles et garçons agissaient de cette façon surtout pour échapper à un mariage dont ils ne voulaient pas. Le mariage à la gaumine, du nom de Gaumin, le premier à avoir utilisé cette tactique en France, visait à contourner par la ruse les formalités officielles. Ainsi les amoureux croyaient leur mariage valide, puisque proclamé publiquement devant Dieu et devant les fidèles présents et témoins.

Le mariage de Marie Énard et de François Futrier fut finalement réhabilité à la cathédrale de Québec le 16 novembre 1721, car le couple était menacé. Un mandement de monseigneur De Saint-Vallier, le 24 mai 1717, interdisait ce genre de mariage dans la colonie sous peine d’excommunication. « Époux et épouse ont déclaré ne savoir signer », lit-on dans l’acte de réhabilitation. Cette réhabilitation fut manifestement commanditée par ses témoins qui furent tous des nobles, seigneurs et officiers militaires venus des Trois-Rivières.

Marie Énard est l'ancêtre de plusieurs milliers de Québécois par son premier mariage avec Martin Ondoyer mais son mariage avec François Futrier fut sans postérité.

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