Le Courrier du Lecteur
RICHMOND, TERRE D’ACCUEIL
En 1996, mon conjoint et moi déménagions nos pénates dans le Canton de Cleveland pour profiter du calme, de la forêt et du grand air. Mais en décembre 2007, une mauvaise nouvelle assombrissait notre vie : la femme de mon père recevait un diagnostic de cancer généralisé. Après sept ans, son cancer de la langue s’était métastasé et on ne lui donnait pas plus de six mois à vivre.
Nous étions tous assommés par la nouvelle, d’autant qu’il fallait sans cesse le répéter à mon père qui souffrait d’Alzheimer depuis deux ans. Il avait 84 ans, ma belle-mère 70. Jusque-là, elle s’était bravement occupée de son mari à qui elle n’avait jamais voulu dire la vérité, ni sur son inquiétude à elle de voir une bosse grossir dans son abdomen ni sur son état à lui. Le gériatre avait bien suggéré un placement, mais ma belle-mère s’y était furieusement opposée. Maintenant, le sujet revenait sur le tapis. Mais Montréal n’avait alors pas grand-chose à offrir. Il fallait soit mettre mon père sur une liste d’attente longue d’un an et demi ou le forcer à partager une chambre à quatre. Mon frère et moi le savions, il aurait mieux valu tirer une balle dans la tête de notre papa.
Un jour, j’ai eu l’idée de téléphoner au CLSC de Richmond. Je bénis cette journée. On m’a mise en contact avec Carole Blais, travailleuse sociale au Centre d’hébergement Richmond. C’est elle qui nous a parlé de la résidence Brunswick où mon père s’est bientôt retrouvé, après l’hospitalisation de sa femme aux soins palliatifs à Montréal. Ça n’a pas été facile pour eux de vivre une telle séparation après 46 ans, mais pour lui permettre d’accompagner sa femme dignement, mon frère et moi avons ramené mon père à Montréal d’une à deux fois par semaine.
Entre-temps, à la résidence, il jouissait d’un sort extrêmement enviable par rapport à ce qu’il aurait pu connaître à Montréal. Les résidents se sont montrés extrêmement accueillants envers lui. Les préposées ont fait preuve d’un dévouement extraordinaire. La cuisinière s’inquiétait de la provision de croissants que je rapportais de Montréal. Je ne peux dire qu’une chose: tout le personnel de la Résidence Brunswick est à la hauteur de son directeur, le fidèle et loyal Rock Plourde. Vous cherchez quelqu’un qui aime véritablement les aînés? Ne cherchez plus!
Le 24 juin, lorsque ma belle-mère est morte, mon père a littéralement déboulé. Plus tard, on a su qu’il s’agissait de ce qu’on appelle le syndrome de glissement. Le mot le dit, celui qui en est atteint se laisse littéralement glisser vers une issue fatale. Mon père est décédé le 19 août. Entre le décès de sa femme et le sien, on a pu, encore une fois, compter sur tout le personnel de la résidence Brunswick et sur Carole Blais puisqu’il a bientôt fallu transférer mon père au Centre d’hébergement Richmond où un personnel dévoué et compétent l’a accompagné jusqu’à la fin.
Cette expérience m’a permis de mieux connaître ma région d’adoption et de développer une immense fierté face à elle. Mais, surtout, tout ça m’a permis de briser un préjugé qui veut que les résidences pour personnes âgées et les CHSLD sont des endroits lugubres où les gens sont maltraités. Aujourd’hui, par cet humble témoignage, je veux dire un gros merci à tous ceux et celles qui nous ont apporté leur aide dans ces moments difficiles.
Isabelle Doré, auteure.
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