Solution guignolée?
Pas plus tard que ce matin, un journal de Sherbrooke titrait: «Généreux plus que jamais». C’est vrai que la guignolée de cette année a connu et continue de connaître un résultat étonnant. Un peu partout au Québec, les milliers de dollars affluent, les boites de nourriture s’accumulent. Les médias mènent une campagne impressionnante et bien étoffée. Les coins de rue et les carrefours sont équipés de personnages colorés et souriants, camions de pompiers à l’appui.
Et les gens sont généreux! L’argent tombe sans bruit dans les contenants et une foule de citoyens s’agitent joyeusement à la gestion de toutes les tâches. La fièvre de l’entraide et de la responsabilité envers les plus démunis est bien présente et donne des résultats qui font honneur à toute notre population.
Pourtant, il y a un gros pourtant. Comment se fait-il que dans notre société riche, dans notre société qui vit dans l’abondance, les surplus de consommation et, disons-le, dans le gaspillage, toute une strate de la population continue à manquer de l’essentiel? Vous savez sans doute que dans le monde et particulièrement dans nos pays riches, le gaspillage de la nourriture disponible approche les 50%. Qu’une bonne partie de ces rejets est attribuable à l’objectif de garder les prix élevés.
Comment se fait-il que dans notre société riche, toute une strate de notre population n’ait pas le revenu nécessaire pour se nourrir adéquatement? Que les familles n’aient pas les 75$ minimales (!) par semaine pour s’alimenter? Qu’elles n’aient pas le revenu nécessaire pour changer un peu le menu à Noël?
Depuis le début de la guignolée, je n’ai pas entendu parler du salaire minimum à 15$, je n’ai pas entendu parler des diminutions d’impôt des riches, impôts qui se retrouvent souvent dans les quelques milliers de milliards disparus dans les paradis fiscaux. Je n’ai pas entendu parler des profits faramineux des banques ni de la disproportion honteuse des salaires des médecins spécialistes ni des primes de séparation injustifiables des hauts dirigeants, etc.
Je suis fier de notre générosité collective. Je suis fier de notre solidarité avec ceux qui n’ont pas le minimum nécessaire. J’ai travaillé pendant dix ans en contact avec les plus démunis, en demeurant avec eux. Mon «pourtant» a du vécu et date de cette époque. Est-ce que cette générosité n’est pas une caution au «statu quo»? Est-ce que cette générosité n’est pas un aveu d’impuissance, une manière d’accepter le désengagement des pouvoirs publics? Une manière de solutionner les problèmes de justice et d’équité par l’action humanitaire et caritative. L’émotion généreuse et bienveillante peut parfois ensevelir le rationnel et entretenir les illusions.
Gaston Michaud, Racine.
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