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10 août 2016 - 08:54

Perdre la raison

Il faut savoir lire entre les lignes des documents quand on veut connaître la vie que menaient nos ancêtres. Avant même que Richmond ne devienne la ville la plus ancienne des Cantons de l’Est, vers 1855, beaucoup d’immigrants européens sont venus s’établir dans la région. Ils ont du traverser des épreuves parfois surhumaines pour pouvoir s’établir convenablement et pour élever leur famille.

La plupart sont venus ici pour échapper à la misère dans leur pays d’origine. Le gouvernement britannique donnait de grandes terres aux soldats et aux loyalistes pour occuper la zone frontalière avec les États-Unis. Plusieurs de ces terres ont servi à la spéculation foncière abusive avec les nouveaux arrivants. La plupart des familles du canton de Shipton vivaient dans des cabanes de bois rond avec un minimum de confort.

Les hivers sont longs en Amérique du Nord. La terre est hostile et si on ne vit pas à proximité des familles voisines pendant qu’on bûche et construit sa première chaumière, il est impossible de compter sur quelque secours que ce soit. Il faut aussi dégager rapidement un lopin de terre en arrivant pour semer quelques légumes qui constitueront l’ordinaire de la plupart des repas. Et pour la viande, on vit plus souvent qu’autrement très maigrement ou on compense avec du poisson pêché dans la rivière Saint-François. On doit importer la farine pour le pain et on peut se compter chanceux si les renards, les coyotes et les loups nous laissent assez de poules vivantes pour pouvoir manger des œufs.

Cette vie difficile a parfois eu raison du moral de certains. Perdre une compagne après avoir vu ses enfants quitter la terre les uns après les autres pouvait causer un choc émotif grave. Certains plongeaient dans la consommation d’eau de vie en croyant pouvoir noyer leur chagrin, mais d’autres qui n’en avaient pas les moyens se décourageaient de jour en jour.

Il n’y avait pas non plus les secours de la religion. Les missionnaires catholiques ou protestants venaient rarement dans la région et pouvaient administrer douze baptêmes et trois mariages dans une même famille s’ils venaient à passer. Un nommé John Libbey originaire de Miveliscomb en Angleterre essayait depuis un certain temps de vivre dans le canton de Shipton. Il s’est pendu à l’âge de 64 ans, en plein hiver, le 24 février 1848. Son corps a été inhumé le lendemain. Le jury d’enquête avait conclu que Libbey avait perdu la raison. Faut-il s’en étonner ?

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