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11 août 2015 - 09:48

GÉNÉALOGIE: Qui a cassé ma poule

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Pour raconter des histoires, il faut puiser dans ses souvenirs et il faut aussi se souvenir des histoires qu’on nous a racontées autrefois. Je me souviens alors que j’étais au début de mon adolescence, vers l’âge de douze ans, j’avais demandé à mon père à quel âge une personne devenait adulte. Honnêtement, je ne me souviens pas de la réponse précise de mon père, mais je me souviens qu’il m’avait dit que pour devenir adulte il fallait pouvoir surmonter une foule d’épreuves. Et je lui avais demandé de quelles sortes d’épreuves il s’agissait et il m’avait répondu des épreuves tellement difficiles à supporter qu’il fallait un courage d’adulte pour continuer à vivre comme si de rien n’était.

Avec du recul, je pense que je suis devenu un adulte à l’âge de quatre ans. À Pâques, des amis de mes parents m’avaient fait cadeau d’un joli poussin jaune. Avec le temps, le poussin était devenu une jolie poulette grise qui me suivait partout dans mes jeux. Elle devenait adulte en même temps que moi. À l’automne de mes cinq ans, en 1951, arriva ce qui devait arriver. Ma poule avait soudainement disparu et je la cherchais partout. En descendant à la cave, à côté du gros billot sur lequel mon père fendait son petit bois pour allumer la fournaise, je trouve la tête décapitée de ma grande amie.

En haut, mes parents étaient attablés pour un repas avec des convives; justement les amis qui m’avaient donné le poussin. En m’adressant à tous en exhibant au-dessus de la table la tête décapitée de mon amie devenue adulte. J’avais alors demandé sans jamais obtenir de réponse : savez-vous qui a cassé ma poule? Je ne comprenais pas alors pourquoi mes parents et leurs amis avaient fondu en larmes, mais de voir ces grandes personnes pleurer sans raison autour de la table m’a beaucoup affecté et ce fut, je crois, ma première grande épreuve d’adulte.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, la vie est faite d’un long chapelet de pertes. Il faut surmonter tous les deuils pour pouvoir vivre en paix et heureux. On a pleuré autrefois sur la mort de ma poule, mais tous les adultes de mon âge ont eu l’occasion de pleurer souvent sur des pertes plus importantes. Avec l’âge on se dit : une perte de plus, une perte de moins, mon tour viendra de toute façon. Pour devenir adulte, on doit tirer des leçons de notre passé et vivre de nos souvenirs. On se console de tous les deuils de la vie en essayant de se convaincre chaque fois que ce fut une belle délivrance. Mon beau-frère René est mort hier, subitement, en faisant ce qu’il aimait, debout à côté de sa belle Harley et sans avoir eu le temps de souffrir. Quoi demander de mieux à la vie?

Pour des suggestions ou pour s’inscrire aux Beaux dimanches en famille : Société généalogique de Richmond (genealogie@blaquiere.ca).

 

 

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1 réactions
  • Très belle façon de voir la vie. Ētre positif en parlant d'un malheur inėvitable

    Claude - 2015-08-14 12:11