Le 23 mars, à Val-des-Sources, les membres de la CDC des Sources se sont rassemblés dans le cadre de la campagne de mobilisation « Le communautaire à boutte! ». À cette occasion, ils ont décidé de rédiger une lettre ouverte collective destinée à leurs élu·es, afin de dénoncer l’effritement de notre filet social et d’exprimer leurs inquiétudes pour l’avenir. Voici le résultat de leur travail :

Bonjour,

Nous sommes un groupe d’organismes communautaires de la MRC des Sources, composés d’humains qui travaillons avec d’autres humains, dont les voix sont rarement entendues et les besoins, trop souvent ignorés. Nous vous écrivons aujourd’hui, car nous sommes concernés par le sous-financement du milieu communautaire qui affecte directement les services offerts à la population. Nous vivons dans un contexte où les besoins sont de plus en plus criants et, où inversement, les moyens financiers et humains mis à notre disposition pour y répondre ne cessent de diminuer. Des besoins essentiels qui peuvent toucher chaque citoyenne et citoyen : se loger, se nourrir, se déplacer, se protéger, se réunir, s’éduquer, se soutenir en tant que famille, proche-aidant·e, aîné·e ou personne vivant avec un handicap, prévenir l’itinérance, la judiciarisation ou la délinquance, et bien plus.

Notre réalité est que nous sommes constamment à la recherche de financement et nous perdons ainsi du temps précieux qui pourrait être offert en soutien aux gens vulnérables. De plus, cela rajoute un stress énorme sur les épaules des équipes déjà surmenées. Les budgets donnés au compte-goutte pour des projets à court terme nous empêchent de construire à long terme et nous font perdre de nombreux employé·es et intervenant·es, puisque leurs contrats ont toujours des dates de péremption. Nos bénévoles sont eux aussi surmenés et ne peuvent continuer à pallier pour le manque de personnel et les besoins sans cesse grandissants de la population. Nos liens avec les gens qui bénéficient de notre expertise, ainsi qu’avec les professionnels du réseau de la santé et autres organismes avec qui nous collaborons, sont sans cesse à rebâtir. Cette situation précaire nous épuise et fragilise notre santé physique et mentale, déjà mise à mal par la multitude d’enjeux que nous devons gérer au jour le jour sans soutien, budget, reconnaissance ni ressources appropriées.

Nous, les organismes communautaires, désirons être entendus, reconnus et financés à notre juste mesure. Un engagement budgétaire augmenté et permanent sera une preuve concrète de reconnaissance de tout ce que nous accomplissons. Cela nous permettra d’assurer une continuité de services à la population, de maintenir nos équipes en place, d’avoir les ressources et infrastructures nécessaires à nos actions (telles qu’offrir un local et une toilette à une travailleuse de proximité, par exemple) et de protéger notre santé physique et mentale. Ce soutien fort et assumé venant de notre gouvernement nous procurera une stabilité, confiance et autonomie, éléments nécessaires afin de continuer à remplir dignement notre mission. Nous voulons que les subventions soient à la hauteur des besoins réels sur le terrain et vous y êtes les bienvenu·es si vous désirez réaliser par vous-même l’ampleur de la situation. Souvenez-vous qu’à tout moment, votre vie, ou celle d’un proche, peut basculer et vous rendre dépendant des services que nous fournissons.

Selon l’analyse d’impacts économiques 3.0 de l’IRIS*, 1 $ investi dans les organismes sociocommunautaires économise en moyenne plus de 12 $ dans le réseau de la santé sur 6 ans. Celui-ci, déjà à bout de souffle, sera encore plus fragilisé et mis sous pression si le filet social que nous tenons à bout de bras continue de s’effriter, car ce sont des milliers de gens qui deviendront une charge supplémentaire. Ainsi, le sous-financement chronique du milieu communautaire met directement en danger la qualité de vie de la population.  Pourquoi ne pas s’entraider au lieu de s’écraser? Qu’attendez-vous pour agir? Vous avez le pouvoir d’être des acteur·rices de changement et d’offrir un avenir plus prometteur à toute la société, y compris le vôtre. Nous espérons être pris au sérieux avant qu’il ne soit trop tard, car nous sommes épuisés de devoir constamment dénoncer l’état des lieux et justifier notre valeur, au lieu d'effectuer notre travail. Sachez que le communautaire est à boutte, mais que nous tiendrons jusqu’au boutte!

* IRIS-Note-Impact-communautaire-WEB.pdf

 

Les membres de la CDC des Sources